Le cannage se refait, à condition de compter ses heures

Avatar de Odile Pauliac

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Une assise de chaise s’affaisse, un brin casse, et la question se pose : refaire le cannage soi-même, le confier à quelqu’un, ou remplacer la chaise. La réponse dépend moins du prix des fournitures que du temps réel que demande un tressage à la main, très différent de ce que laisse imaginer un cannage tissé à la machine.

Étape 1 : identifier le type de cannage existant

Avant toute intervention, il faut regarder de près ce qui est déjà en place sur la chaise. Un cannage à la main utilise des brins de rotin passés un par un à travers des trous percés dans le bois, avec des diagonales qui se croisent pour former l’étoile caractéristique au centre de chaque case. Un cannage industriel, lui, est tissé à plat en feuille continue puis simplement fixé dans une rainure à l’aide d’une baguette de jonc. Les deux se reconnaissent facilement au toucher du bord : des petits trous individuels bien visibles pour le premier, une rainure continue et lisse pour le second.

Étape 2 : évaluer ce qui peut être sauvé

Un cannage percé localement, avec seulement quelques brins cassés ici ou là, peut parfois être repris par petites réparations plutôt que refait entièrement depuis le début. Mais dès que la trame se détend sur toute la surface de l’assise, ou que plusieurs diagonales ont lâché en même temps, une reprise partielle ne tient pas dans la durée : le poids se reporte alors sur les brins encore sains, qui finissent par céder à leur tour quelques mois plus tard.

Étape 3 : compter les heures, pas seulement les fournitures

Le rotin lui-même coûte peu. Ce qui pèse vraiment dans un cannage refait, c’est le temps : sur une assise de taille courante, un cannage à la main demande plusieurs heures de travail continu, geste après geste, pour poser les six passages successifs qui forment le motif traditionnel à l’étoile. Une personne qui débute mettra bien plus longtemps qu’un professionnel entraîné, avec un risque réel de trame irrégulière si la tension n’est pas restée constante d’un brin à l’autre tout au long du travail.

Étape 4 : choisir entre faire soi-même et confier la pièce

Refaire un cannage à la main pour la première fois reste un apprentissage satisfaisant sur une chaise sans grande valeur particulière, avec un motif simple et régulier. Sur une pièce ancienne, un fauteuil dont on tient à préserver la structure d’origine, ou une chaise repérée en brocante pour ses proportions rares, mieux vaut confier le travail à quelqu’un qui pose du cannage régulièrement : la différence se voit surtout dans la régularité de la tension, presque invisible au premier regard mais déterminante pour la tenue dans le temps de l’assise.

Étape 5 : entretenir un cannage tout juste refait

Une fois posé, un cannage neuf a besoin d’un peu d’humidité pour se tendre correctement dans les premières semaines : on l’humidifie légèrement à l’éponge, jamais en trempant l’assise entière dans l’eau, puis on le laisse sécher à l’air libre, loin d’une source de chaleur directe comme un radiateur ou un rebord de fenêtre ensoleillé. Cette étape, souvent négligée une fois le travail terminé, conditionne la tenue du tressage pour les années suivantes presque autant que la qualité du geste initial.

Étape 6 : préserver le cannage dans la durée

Au quotidien, un cannage se conserve mieux à l’abri du soleil direct, qui dessèche le rotin et le rend cassant plus vite qu’une exposition modérée. Éviter aussi de s’asseoir un genou en premier sur l’assise, geste qui concentre tout le poids sur une petite zone plutôt que de le répartir : une habitude simple qui prolonge sensiblement la durée de vie d’un cannage, qu’il soit d’origine ou tout juste refait par des mains attentives.

Un savoir-faire qui se transmet lentement

Le cannage à la main, comme la plupart des savoir-faire liés à la restauration du mobilier, reste un geste qui s’apprend surtout par la répétition, chaise après chaise, bien plus que par la seule lecture d’un mode d’emploi. Chaque tresseur développe ses propres repères pour sentir la tension juste, celle qui ne casse pas le brin mais qui ne laisse pas non plus l’assise se détendre trop vite. C’est cette expérience accumulée, plus que le simple choix des fournitures, qui distingue un cannage qui tiendra plusieurs décennies d’un cannage qu’il faudra déjà reprendre dans quelques années.


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