Vallauris fabrique des poteries depuis l’époque romaine, mais ce n’est pas cette ancienneté qui a fait sa réputation actuelle : c’est ce qui s’y est joué en une quinzaine d’années après la Seconde Guerre mondiale, quand des artistes venus d’ailleurs ont redonné un sens nouveau à une tradition presque éteinte.
Une tradition potière antérieure aux artistes
Bien avant d’attirer les céramistes, Vallauris devait sa réputation à l’argile locale, abondante et particulièrement adaptée à la fabrication d’ustensiles de cuisine : jarres, toupins et plats culinaires en terre vernissée ont fait vivre le village pendant des générations, alimentant les foyers de toute la région en poteries capables de résister à la chaleur directe du feu. Cette production utilitaire, robuste et peu ornementée, a longtemps constitué l’essentiel de l’activité potière, très éloignée de la céramique d’art qui allait suivre.
Le nom même du village, qui évoque étymologiquement la vallée dorée, est associé de longue date à cette terre à poterie particulièrement grasse et malléable, qui a permis à des générations de potiers de travailler sans faire venir d’argile d’ailleurs. Cette proximité entre la matière première et l’atelier explique en partie pourquoi le métier s’est maintenu là plus longtemps qu’ailleurs sur la côte, même lorsque la demande en poterie utilitaire a commencé à décliner face à la concurrence des ustensiles en métal puis en plastique.
L’arrivée des céramistes d’après-guerre
Au sortir de la guerre, l’activité potière de Vallauris s’était considérablement réduite, faute de débouchés pour une production restée artisanale et utilitaire face à une concurrence industrielle grandissante. C’est dans ce contexte qu’un mouvement de renouveau s’engage, porté par des artisans locaux comme les ateliers Madoura, avant que Pablo Picasso, installé dans le village à partir de 1948, ne donne à cette relance une résonance internationale en y produisant plusieurs centaines de pièces en quelques années, des assiettes peintes aux pichets sculptés en forme de figures animales.
D’autres artistes suivent, attirés par la disponibilité des ateliers et la matière elle-même : la céramique cesse d’être uniquement un objet du quotidien pour devenir un support de création à part entière, travaillé comme la peinture ou la sculpture. Cette effervescence transforme durablement l’image du village, qui devient un passage obligé pour quiconque s’intéresse à la céramique du vingtième siècle, sans jamais renier totalement sa production artisanale antérieure — les deux filières continuent alors de cohabiter, parfois dans les mêmes ateliers.
Ce qu’il en reste dans les ateliers
Cette double identité continue de structurer Vallauris aujourd’hui. On y trouve encore des ateliers qui perpétuent la poterie utilitaire dans une tradition proche de celle des siècles précédents, et d’autres qui se revendiquent de l’héritage plus artistique laissé par la génération de l’après-guerre. Les pièces des deux traditions se distinguent souvent au premier regard : une terre plus épaisse et une fonction évidente pour la poterie utilitaire, des formes plus libres et des émaux expérimentaux pour la céramique d’atelier héritée de la période artistique.
Pour qui s’intéresse à la céramique ancienne, cette cohabitation rend Vallauris particulièrement riche à parcourir : un même marché ou une même vitrine peut réunir un plat culinaire vernissé sans prétention artistique et, juste à côté, une pièce d’atelier signée qui se rapproche davantage d’une œuvre que d’un objet utilitaire. La différence de prix entre les deux catégories reste généralement considérable, la seconde relevant d’un marché de la céramique d’art bien plus resserré que celui de la poterie traditionnelle.
- La poterie utilitaire : jarres, toupins, plats, terre vernissée épaisse.
- La céramique d’atelier : formes libres, émaux expérimentaux, pièces signées.
- Les deux traditions coexistent encore dans les ateliers du village.
Reconnaître de quelle filiation relève une pièce de Vallauris demande de regarder autant la forme que la glaçure, la présence ou non d’une signature au revers, et le geste général de la pièce, un exercice qui rejoint celui qu’on pratique déjà pour identifier une faïence ancienne avant de l’acheter. L’article Wikipédia consacré à la commune retrace en détail cette double histoire potière et artistique : voir Vallauris sur Wikipédia.







